« Refugium »
L’hospitalité radicale de l’Hospice du Grand-Saint-Bernard
et de l’Abbaye de Saint-Maurice
De la loi celtique de l’hospitalité au refuge numérique du XXIe siècle
L’histoire du Refugium est celle d’une pratique bien plus ancienne que le terme lui-même. Avant que le mot ne soit inventé, il y avait déjà l’acte : offrir un abri, une protection, un repas à celui qui en avait besoin. Dans les Alpes, entre le Valais et l’Italie, deux institutions ont incarné cette idée pendant deux millénaires — l’Hospice du Grand-Saint-Bernard et l’Abbaye de Saint-Maurice d’Agaune.
Leur histoire commune commence bien avant le christianisme, dans les traditions celtiques où l’hospitalité était une loi sacrée. Elle se poursuit avec les Romains, qui ont construit des routes et des mansiones pour les voyageurs, puis avec les premiers chrétiens, qui ont transformé l’accueil en un devoir religieux. Mais c’est au Moyen Âge que le concept de Refugium prend une forme institutionnelle : des monastères-hôpitaux offrant gîte et couvert aux pèlerins, aux malades et aux pauvres.
Ce qui rend cette histoire unique, c’est sa continuité. Alors que beaucoup d’institutions médiévales ont disparu, l’Hospice du Grand-Saint-Bernard et l’Abbaye de Saint-Maurice ont survécu aux guerres, aux réformes religieuses et aux révolutions. Ils l’ont fait en s’adaptant, en trouvant de nouvelles formes pour une ancienne tradition.
Aujourd’hui, à l’ère du numérique, le Refugium a pris une nouvelle dimension. Il ne s’agit plus seulement d’accueillir des voyageurs épuisés ou des fugitifs en détresse, mais aussi des données, des idées, des personnes en quête de sens. Pourtant, l’essence reste la même : offrir un espace de sécurité, de repos et de respect.
2000 ans d’une même idée
Période, événement, et ce qu’il révèle de l’histoire du Refugium
Ier s. av. J.-C.
Corridor alpin celtique (Agaunum, Octodurum, Mons Jovis)
L’accueil du voyageur est un devoir sacré de la communauté : aucune question de paiement ou de faveur personnelle.
14 ap. J.-C.
Temple possible de Jupiter à l’emplacement du futur col du Mont-Joux
Le lieu est déjà doté d’un statut spécial, « marqué », bien avant l’arrivée de la religion de l’asile.
Via Publica romaine (Aoste — col — Martigny)
La route d’État pose l’infrastructure physique de l’itinéraire.
Légende du martyre de la Légion Thébaine
Le lieu d’exécution devient un « lieu saint » — point de départ du pèlerinage.
L’évêque Théodule découvre des reliques et construit la première chapelle
L’hospitalité est institutionnalisée pour la première fois autour d’un culte.
Le roi Sigismond fonde l’Abbaye de Saint-Maurice (Agaunum)
Le monastère le plus ancien en activité continue d’Europe occidentale.
Établissement du Laus Perennis — culte perpétuel jour et nuit
La présence permanente des moines signifie une disponibilité constante pour accueillir l’étranger.
siècles
Monastère-hôpital à Bourg-Saint-Pierre
Précurseur direct de l’hospice du col.
Bernard de Menthon fonde l’Hospice du Grand-Saint-Bernard
L’hospitalité s’ancre précisément au point de danger maximal.
Bulle du pape Alexandre III
Indépendance juridique de l’abbaye vis-à-vis du pouvoir séculier.
Pacte fédéral suisse et Pfaffenbrief
Pour la première fois, l’asile est limité par la loi : les fugitifs accusés de crimes graves doivent être livrés.
Litige concernant l’hospitium de Montagnier
Première mention documentaire de l’hospitium dans les archives de Saint-Maurice — et preuve que le refuge était aussi un actif féodal.
Conflits entre l’hospice et les communautés locales
L’hospitalité devient un enjeu de pouvoir : qui contrôle les ressources ?
Statuts de l’Hospice du Grand-Saint-Bernard
Règles écrites pour l’accueil : durée, conditions, et même… le menu.
Réforme à Genève
L’hospice reste catholique, mais doit s’adapter à un monde divisé.
Révolution vaudoise
L’abbaye de Saint-Maurice est supprimée, mais l’hospice survit.
Napoléon confirme les privilèges de l’hospice
Reconnaissance que l’hospitalité est un service public, même en temps de guerre.
Ouverture du tunnel du Simplon
L’hospice perd son rôle de passage obligatoire, mais pas sa vocation.
Première voiture traverse le col
L’hospitalité doit s’adapter à la vitesse et à la modernité.
Tourisme de masse
L’hospice devient un lieu de passage pour les touristes, mais conserve son rôle d’asile.
Numérisation et mondialisation
Le Refugium devient aussi un concept numérique : accueil des données et des personnes.
Pandémie de COVID-19
L’hospice et l’abbaye ferment temporairement leurs portes, mais continuent à offrir un refuge symbolique.
Ce même territoire continue d’accueillir ceux qui cherchent un refuge, qu’il s’agisse d’un réfugié, d’un touriste ou d’un alpiniste surpris par une tempête
L’essence reste la même : offrir un espace de sécurité, de repos et de respect.
Les origines pré-chrétiennes
L’hospitalité comme loi sacrée
Le corridor alpin celtique
Avant même que les Romains ne traversent les Alpes, les Celtes avaient déjà établi des routes commerciales et des points de passage. Parmi eux, le corridor reliant Agaunum (Saint-Maurice), Octodurum (Martigny) et Mons Jovis (le futur col du Grand-Saint-Bernard) était particulièrement important. Pour les Celtes, l’hospitalité n’était pas une option, mais une obligation sacrée. Refuser d’accueillir un voyageur était considéré comme une offense aux dieux.
Cette tradition s’inscrivait dans une vision du monde où la communauté était responsable de la sécurité de ses membres — et de celle des étrangers. Il n’était pas question de paiement ou de contrepartie : l’hospitalité était un devoir moral, une forme de respect envers l’humanité elle-même.
Le temple de Jupiter et la sacralisation de l’espace
Vers 14 av. J.-C., les Romains ont probablement érigé un temple dédié à Jupiter à l’emplacement du futur col du Mont-Joux. Ce lieu était déjà considéré comme spécial, « marqué » par les Celtes. Avec l’arrivée des Romains, cette sacralité a été renforcée par la construction d’une infrastructure routière, la Via Publica, qui reliait Aoste à Martigny en passant par le col.
Cette route n’était pas seulement un axe commercial, mais aussi un lieu de passage symbolique. Les voyageurs qui l’empruntaient étaient protégés par des lois romaines d’hospitalité, le ius hospitii, qui garantissait leur sécurité et leur droit à un accueil.
La christianisation de l’hospitalité
De la légende à l’institution
Le martyre de la Légion Thébaine et la naissance d’un lieu saint
Vers 300 ap. J.-C., une légende raconte que la Légion Thébaine, une cohortes de soldats chrétiens, aurait été martyrisée près d’Agaunum (Saint-Maurice) pour avoir refusé de renier leur foi. Ce martyre aurait eu lieu sous l’empereur Maximien. Selon la tradition, les corps des martyrs auraient été enterrés sur place, transformant le site en un lieu saint.
Cette légende a marqué le début du pèlerinage vers Saint-Maurice. Les fidèles venaient de toute l’Europe pour vénérer les reliques des martyrs, et l’accueil des pèlerins est devenu une partie intégrante de la vie religieuse locale.
Théodule et la première chapelle
Vers 380, l’évêque Théodule (ou Théodule de Sion) aurait découvert les reliques des martyrs de la Légion Thébaine et construit la première chapelle à Agaunum. C’est à ce moment que l’hospitalité a commencé à être institutionnalisée autour d’un culte. La chapelle est devenue un lieu de rassemblement pour les fidèles, et l’accueil des pèlerins une obligation morale et religieuse.
L’âge d’or médiéval
Monastères, hospices et la formalisation du Refugium
Sigismond et la fondation de l’Abbaye de Saint-Maurice
En 515, le roi burgonde Sigismond fonde l’Abbaye de Saint-Maurice à Agaunum. Ce monastère est rapidement devenu l’un des plus importants d’Europe occidentale, grâce à sa position stratégique sur la route des pèlerins et des voyageurs.
L’abbaye n’était pas seulement un lieu de prière, mais aussi un centre d’hospitalité. Les moines y accueillaient les voyageurs, leur offrant gîte et couvert, conformément à la règle de saint Benoît :
« Tous les hôtes qui se présentent seront reçus comme le Christ. »
Le Laus Perennis : une prière perpétuelle et une hospitalité sans fin
Entre 516 et 520, l’abbaye a introduit le Laus Perennis, un culte perpétuel où les moines se relayaient jour et nuit pour prier. Cette pratique avait une signification profonde : elle symbolisait la présence constante de Dieu, mais aussi la disponibilité permanente des moines pour accueillir les étrangers, à toute heure du jour ou de la nuit.
Bourg-Saint-Pierre et l’hospice précurseur
Entre le VIIIe et le IXe siècle, un monastère-hôpital a été fondé à Bourg-Saint-Pierre, à mi-chemin entre l’abbaye de Saint-Maurice et le col du Grand-Saint-Bernard. Cet établissement était un précurseur direct de l’hospice du col. Il offrait aux voyageurs un lieu de repos et de soins, dans un environnement souvent hostile.
Bernard de Menthon et la fondation de l’Hospice du Grand-Saint-Bernard
La légende de Bernard
Au XIe siècle, un chanoine nommé Bernard de Menthon (ou Bernard d’Aoste) a décidé de fonder un hospice au col du Grand-Saint-Bernard, à 2 469 mètres d’altitude. Selon la légende, Bernard aurait eu une vision divine lui ordonnant de construire un refuge pour les voyageurs en détresse.
L’hospice a été fondé vers 1050. Son emplacement n’était pas anodin : le col du Grand-Saint-Bernard était l’un des passages les plus dangereux des Alpes, avec des conditions météorologiques extrêmes et des risques constants d’avalanches et de tempêtes. En y installant un hospice, Bernard a ancré l’hospitalité là où elle était le plus nécessaire.
Une mission : sauver des vies
La mission de l’hospice était claire : sauver des vies. Les moines qui y travaillaient, souvent appelés les chanoines du Grand-Saint-Bernard, avaient pour tâche d’accueillir les voyageurs, de leur offrir un abri, de la nourriture et des soins. Ils organisaient aussi des expéditions de sauvetage pour les voyageurs perdus ou pris dans des tempêtes.
L’une des innovations les plus célèbres de l’hospice a été l’utilisation des chiens Saint-Bernard, dressés pour retrouver les voyageurs ensevelis sous la neige. Ces chiens, équipés de petits tonneaux de rhum (une légende populaire, bien que les tonneaux n’aient été ajoutés que plus tard), sont devenus un symbole mondial de l’hospitalité alpine.
L’hospitalité comme pouvoir
Conflits, privilèges et adaptation
La bulle papale d’Alexandre III (1178)
En 1178, le pape Alexandre III a émis une bulle papale accordant à l’Hospice du Grand-Saint-Bernard une indépendance juridique vis-à-vis des pouvoirs séculiers. Cela signifiait que l’hospice pouvait fonctionner sans ingérence des seigneurs locaux ou des autorités politiques.
Cette indépendance était cruciale : elle permettait à l’hospice de conserver ses ressources et de continuer sa mission sans être soumis à des taxes ou à des exactions abusives.
Le Pfaffenbrief et les limites de l’asile
En 1370, la Confédération suisse a adopté le Pfaffenbrief, un document qui limitait pour la première fois le droit d’asile. Selon ce texte, les fugitifs accusés de crimes graves (comme le meurtre ou le vol) devaient être livrés aux autorités.
C’était une évolution majeure : l’asile, qui était auparavant absolu, était désormais soumis à des conditions. Cependant, pour les voyageurs en détresse ou les pèlerins, l’hospitalité restait inconditionnelle.
Le litige de l’hospitium de Montagnier (1387)
En 1387, un conflit a éclaté entre l’abbaye de Saint-Maurice et les communautés locales concernant la propriété de l’hospitium de Montagnier. Ce litige est important car il montre que les refuges n’étaient pas seulement des lieux de charité, mais aussi des actifs économiques et politiques.
Les archives de Saint-Maurice contiennent la première mention documentaire de cet hospitium, prouvant que l’abbaye gérait plusieurs refuges dans la région.
L’hospitalité à l’épreuve des temps modernes
La Réforme et la division religieuse
En 1536, la Réforme protestante a atteint Genève, divisant la région entre catholiques et protestants. L’Hospice du Grand-Saint-Bernard, restant fidèle à Rome, a dû s’adapter à ce nouveau contexte.
Malgré les tensions religieuses, l’hospice a continué à accueillir tous les voyageurs, qu’ils soient catholiques ou protestants. Cette neutralité était essentielle pour maintenir sa mission d’hospitalité universelle.
La Révolution vaudoise (1798) et la survie de l’hospice
En 1798, la Révolution vaudoise a éclaté, menant à la suppression de nombreuses institutions religieuses, dont l’Abbaye de Saint-Maurice. Cependant, l’Hospice du Grand-Saint-Bernard a survécu.
Cette survie s’explique par son rôle indispensable : même en temps de guerre et de bouleversements politiques, les voyageurs avaient toujours besoin d’un refuge dans les Alpes. Napoléon lui-même a confirmé les privilèges de l’hospice en 1804, reconnaissant son importance stratégique.
L’ère industrielle et la modernisation de l’hospitalité
Le tunnel du Simplon (1892) et la perte du monopole
En 1892, l’ouverture du tunnel du Simplon a marqué un tournant. Ce tunnel, reliant la Suisse à l’Italie, a rendu le passage par le col du Grand-Saint-Bernard moins essentiel pour le commerce et les voyages.
Pour l’hospice, cela signifiait une perte de trafic, mais pas la fin de sa mission. Au contraire, il a su se réinventer, devenant un lieu de passage pour les touristes et les alpinistes, tout en conservant son rôle d’asile pour ceux qui en avaient besoin.
L’arrivée de l’automobile (1905)
En 1905, la première voiture a traversé le col du Grand-Saint-Bernard. Cet événement a marqué le début d’une nouvelle ère pour l’hospice : celle de la modernité.
Les voyageurs n’étaient plus seulement des pèlerins ou des marchands, mais aussi des touristes en automobile. L’hospice a dû s’adapter à cette nouvelle clientèle, en offrant des services plus rapides et plus efficaces, tout en conservant son esprit d’hospitalité.
Le Refugium au XXIe siècle
Entre tradition et innovation
Le tourisme de masse et la préservation de l’identité
Dans les années 1960, le tourisme de masse a atteint les Alpes. L’Hospice du Grand-Saint-Bernard est devenu une destination prisée des touristes, attirés par son histoire et son cadre spectaculaire.
Cependant, l’hospice a su préserver son identité. Malgré l’afflux de visiteurs, il a maintenu son rôle d’asile pour les voyageurs en détresse, qu’ils soient alpinistes perdus ou randonneurs surpris par une tempête.
La numérisation et le Refugium virtuel
Au XXIe siècle, le concept de Refugium a pris une nouvelle dimension avec la numérisation. Aujourd’hui, l’hospitalité ne se limite plus à l’accueil physique : elle inclut aussi l’accueil des données, des idées et des personnes en quête de sens.
- Les sites web de l’hospice et de l’abbaye offrent des ressources en ligne pour les pèlerins et les touristes.
- Les réseaux sociaux permettent de partager les histoires de ceux qui ont trouvé refuge, que ce soit physiquement ou symboliquement.
- Les plateformes numériques offrent un espace de dialogue et de soutien pour ceux qui cherchent un asile spirituel ou intellectuel.
La pandémie de COVID-19 (2020) : un refuge symbolique
En 2020, la pandémie de COVID-19 a forcé l’Hospice du Grand-Saint-Bernard et l’Abbaye de Saint-Maurice à fermer temporairement leurs portes. Pourtant, leur mission d’hospitalité n’a pas cessé.
- Les moines et les chanoines ont continué à offrir un soutien spirituel en ligne.
- Les sites web des deux institutions sont devenus des refuges symboliques pour ceux qui cherchaient du réconfort en temps de crise.
- La tradition du Refugium a prouvé qu’elle pouvait s’adapter même aux défis les plus modernes.
Le Refugium comme modèle pour les municipalités et les fonds touristiques
L’histoire du Refugium offre des leçons précieuses pour les municipalités et les fonds touristiques qui cherchent à promouvoir leurs territoires. Voici pourquoi cette tradition est toujours pertinente aujourd’hui :
1. Une légitimité historique
La pratique du Refugium est documentée depuis 1387 et existe institutionnellement depuis 515. Peu de territoires peuvent se targuer d’une telle continuité. Pour les municipalités, cela représente un atout unique pour le positionnement de leur région.
2. Un récit prêt à l’emploi pour les subventions et les partenariats
Le Refugium n’est pas une simple métaphore : c’est une tradition ancrée dans des bulles papales, des traités fédéraux et des pratiques modernes. Pour les fonds touristiques, cela signifie qu’il est possible de s’appuyer sur cette histoire pour obtenir des financements et créer des partenariats avec d’autres institutions.
3. La cohésion sociale par l’adaptation
L’histoire montre que les institutions d’hospitalité survivent grâce à leur capacité d’adaptation :
- Des terres féodales du XIVe siècle…
- …au tourisme du XXe siècle…
- …et aux plateformes numériques du XXIe siècle.
Pour les municipalités, cela signifie qu’il est possible de créer des projets durables en s’appuyant sur une tradition tout en l’adaptant aux besoins modernes.
4. Le patrimoine culturel comme levier économique
L’exemple de l’Hospice du Grand-Saint-Bernard prouve qu’il est possible de concilier la préservation d’une mission spirituelle et la viabilité financière. Pour les fonds touristiques, cela montre que le patrimoine culturel peut être un moteur économique tout en restant fidèle à ses valeurs.
5. Un langage universel : l’hospitalité
Ce qui rend le Refugium si puissant, c’est qu’il parle un langage universel. Que ce soit un refuge de montagne, un hospice médiéval ou une plateforme numérique, l’hospitalité reste la même : offrir un espace de sécurité, de repos et de respect.
Pour les municipalités et les fonds touristiques, cela signifie qu’il est possible de créer des expériences authentiques qui résonnent avec les visiteurs, qu’ils soient touristes, pèlerins ou simples voyageurs.
6. La différence entre reconstruction et continuation
Beaucoup de projets touristiques cherchent à reconstruire le passé. Mais le Refugium n’a pas besoin d’être reconstruit : il existe toujours. Les routes modernes autour de Saint-Maurice et du Grand-Saint-Bernard ne sont pas des reconstructions, mais des continuations d’une tradition vivante.
Pour les municipalités, cela signifie qu’il est possible de promouvoir leur territoire non pas comme un musée, mais comme un lieu vivant, où l’histoire et la modernité se rencontrent.
Pourquoi c’est important pour les municipalités et les fonds
- Légitimité historique.
La pratique est documentée depuis 1387 et existe institutionnellement depuis 515 — un atout rare pour le positionnement d’un territoire.
- Un récit prêt pour les subventions et les partenariats.
Le Refugium est une tradition ancrée dans des bulles papales, des traités fédéraux et des continuations modernes, et non une simple métaphore.
- Cohésion sociale.
L’histoire montre que les institutions d’hospitalité survivent grâce à l’adaptation : des terres féodales du XIVe siècle au tourisme du XXe siècle et aux plateformes numériques du XXIe.
- Patrimoine culturel comme économie.
L’expérience de l’Hospice du Grand-Saint-Bernard prouve que la préservation d’une mission spirituelle et la viabilité financière sont tout à fait compatibles.
Le Refugium, à écouter
Ce même récit existe aussi en version sonore : un épisode du parcours audio contemplatif des bancs de Sant Maurice, enregistré en quatre langues.
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Hospitalitas
Parcours des bancs · Sant Maurice
D’autres bancs, d’autres histoires — le parcours complet est disponible dans l’application.
Ouvrir l’application →Une pratique contemplative ancrée dans le paysage alpin — le même geste d’accueil, transmis à voix haute.
L’histoire du Refugium est celle d’une pratique vieille de deux millénaires avant même que le terme n’existe : de la loi celtique de l’hospitalité en passant par le ius hospitii romain, l’hospitium monastique d’Agaunum, les privilèges papaux de l’Hospice du Grand-Saint-Bernard, la division confessionnelle de la Réforme, la crise de l’ère automobile — et jusqu’à aujourd’hui, où ce même territoire continue d’accueillir ceux qui cherchent un refuge, qu’il s’agisse d’un réfugié, d’un touriste ou d’un alpiniste surpris par une tempête dans une chambre d’hiver d’un refuge de montagne.
Deux institutions, formellement indépendantes mais se qualifiant toujours de « deux sœurs », offrent un exemple rare : une tradition survit non pas grâce à son immuabilité, mais parce que chaque génération lui trouve une nouvelle forme.

